Encres de tatouage et REACH : ce que la règle européenne interdit et ce que montrent les analyses
Depuis le 4 janvier 2022, les encres de tatouage vendues dans l'Union européenne sont soumises à une restriction spécifique du règlement REACH. En 2025 et 2026, de nouvelles études ont analysé des encres du marché et les ont comparées aux limites européennes, avec des résultats qui ont fait l'actualité : de nombreux échantillons ne respectent pas les limites. Dans cet article, nous expliquons ce que prévoit la règle, ce que les études ont réellement mesuré et ce qu'elles ne disent pas, et ce que peuvent vérifier celles et ceux qui travaillent avec ces produits. Il ne s'agit ni d'un conseil juridique ni d'un conseil médical.
En bref
- Fait : le règlement (UE) 2020/2081, en vigueur depuis le 4 janvier 2022, a ajouté une restriction sur les substances contenues dans les encres de tatouage et de maquillage permanent (entrée 75 de l'annexe XVII de REACH).
- Fait : deux études récentes sur des encres du marché ont trouvé des échantillons au-dessus des limites européennes pour certains métaux et d'autres substances.
- Contexte : ces études mesurent la composition, pas l'absorption ni les effets sur la santé ; les auteurs eux-mêmes le disent.
- Incertitude : les échantillons sont peu nombreux et ne représentent pas tout le marché ; l'application de la règle peut varier d'un pays à l'autre.
Ce que prévoit la règle
REACH est le règlement européen sur les substances chimiques. La restriction sur les tatouages, introduite par le règlement (UE) 2020/2081, limite la mise sur le marché et l'utilisation de mélanges destinés au tatouage contenant certaines substances. Selon les synthèses réglementaires, plus de 4 000 substances sont concernées : parmi elles, celles classées cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction, sensibilisantes cutanées, corrosives ou irritantes pour la peau, irritantes pour les yeux ou provoquant des lésions oculaires, chacune avec une limite de concentration.
Deux pigments très utilisés, Pigment Blue 15:3 et Pigment Green 7, ont bénéficié d'une dérogation jusqu'au 4 janvier 2023.
L'objectif déclaré n'est pas d'interdire le tatouage, mais de rendre les couleurs plus sûres. Pour les limites de concentration et les obligations d'étiquetage, la référence est le texte du règlement.
Ce que les deux études ont mesuré
| Toxics, 2025 | Journal of Hazardous Materials, janvier 2026 | |
|---|---|---|
| Échantillons | 41 encres : 27 pour le tatouage, 9 à double usage, 5 pour le maquillage permanent | 15 encres noires et de couleur de marques internationales, achetées en Australie |
| Comparées à | Limites REACH depuis 2022 (par exemple nickel 0,0005 %, cadmium 0,00005 %, cuivre 0,025 %) | Règlement (UE) 2020/2081 et résolution du Conseil de l'Europe ResAP (2008) |
| Résultat | 24 échantillons au-dessus de la limite pour le nickel, 20 pour l'arsenic, 16 pour le chrome hexavalent | Toutes les encres dépassaient les limites pour au moins une substance ; huit métaux détectés ; toluidine dans 3 encres et acide sulfanilique dans 9 |
| Ce que l'étude ne dit pas | Les auteurs signalent le nombre limité d'échantillons de maquillage permanent et une généralisation incomplète | Ne mesure ni l'absorption ni les effets sur la santé ; l'Australie n'a pas de règles nationales contraignantes |
La première étude a aussi estimé les risques avec un modèle d'exposition cutanée et conclut qu'une part importante des encres n'est pas conforme et peut présenter des risques ; la seconde, selon ses propres auteurs, doit être lue comme « un signal pour un examen plus approfondi, plutôt qu'un verdict sur la sécurité du tatouage lui-même ».
Comment lire ces résultats
- Contenu et absorption ne sont pas la même chose. Qu'une encre contienne une substance au-dessus de la limite ne dit pas combien le corps en absorbe. Des recherches récentes commencent à étudier la bioaccessibilité des métaux dans les encres, mais c'est un domaine en développement.
- Peu d'échantillons. Quinze ou quarante et une encres ne représentent pas des milliers de produits. Elles montrent que le problème existe, pas son ampleur.
- Le contexte réglementaire compte. Une étude sur l'Australie se compare à des limites européennes qui n'y sont pas contraignantes ; elle ne décrit pas le marché européen.
- La méthode d'analyse. Des laboratoires et des techniques différents peuvent donner des valeurs différentes, et les limites concernent des substances et des concentrations précises.
- Conformité et sécurité. Un produit conforme respecte les limites fixées ; ce n'est pas une garantie absolue, et un produit non conforme n'est pas nocif dans toutes les conditions.
Ce que peuvent vérifier celles et ceux qui travaillent avec des encres
Repères pratiques, qui ne sont pas des conseils juridiques :
- Documentation du fournisseur. Demander la déclaration de conformité au règlement et les informations sur la composition du lot.
- Étiquette. Vérifier que les données exigées par la règle sont présentes et lisibles, y compris le lot.
- Alertes de sécurité. Consulter les rappels et avis des autorités, y compris le système d'alerte européen Safety Gate.
- Les règles de son pays. L'application et les contrôles peuvent varier : pour les obligations légales, le texte de la règle et l'autorité compétente prévalent.
Sur Odisage, la conformité REACH d'une encre est indiquée telle que déclarée par le fabricant et n'est pas vérifiée par nos soins.
Pourquoi cela compte pour un tatoueur
Pour celles et ceux qui tatouent, les encres sont un produit dont dépendent les clients, la réputation et la responsabilité. Trois raisons de suivre le sujet :
- La conformité n'est pas un détail commercial. Depuis janvier 2022, la règle européenne fixe des limites concrètes : les connaître aide à poser des questions aux fournisseurs.
- Les tests indépendants se multiplient. Les études sur des encres réelles, même avec des échantillons limités, entrent dans le débat public et suscitent des questions de la part des clients.
- La différence entre signal et verdict. Un titre comme « toutes les encres échouent » n'est pas la même chose que « toutes les encres sont dangereuses ». Savoir l'expliquer fait partie du métier.
Sources consultées (informations recueillies le 2 octobre 2026)
- Règlement (UE) 2020/2081 : texte sur EUR-Lex.
- Toxics, 2025 : Heavy Metal Content in Tattoo and Permanent Makeup Inks and European Standards.
- UNSW Sydney, janvier 2026 : Toxic metals and carcinogens found in Australian tattoo inks.
- Recherche sur la bioaccessibilité des métaux : Beyond Total Content (Analytical Science Advances, 2026).
Termes associés : REACH · Pigmentation · Carrier
Guides associés : Données, déclarations, préférences : la méthode Odisage · La peau et le tatouage : avant, pendant et après
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